De plus en plus, le fait d’aller aux toilettes et la quantité d’eau utilisée à chaque chasse d’eau m’embêtait sans que je n’arrive à trouver une solution à appliquer.
Après avoir écouté le podcast de Fabien Esculier sur les excréments, ça m’a encore plus conforté et confirmé mon ressenti sur tout le gâchis que ça représentait. Que ce soit en terme d’engrais naturel, mais également en eau propre.
On ne peut pas tous mettre en place des toilettes sèches, surtout en appartement et encore moins lorsqu’on est locataire.
En maison avec un jardin, il est possible de s’arranger en faisant pipi dans le compost, ou diluer le pipi dans une bouteille avec de l’eau pour arroser les plantes et leur apporter de l’azote. Voire même, installer des toilettes sèches dans le jardin !
Ca, c’est la théorie. En pratique, il faut que tout le monde soit d’accord, surtout lorsqu’on vit en communauté.
Comme je viens de déménager seul dans un appartement., je me suis dit que c’était l’occasion d’être libre de tester mes idées librement, et chercher une alternative qui me conviendrait.
Au début, je réfléchissais à un moyen de récolter mon urine, dans une bouteille par exemple, que je pourrais vider naturellement quelque part, pour les plantes ou dans un compost.
Je me suis confronté à plusieurs problèmes : j’habite en centre-ville, je n’ai pas de compost proche et pratique proche de chez moi. J’ai songé à sortir le soir, vider ça au pied d’un arbre ou dans une zone style parc. Est-ce que j’aurais le courage de faire ça tous les soirs, en mode ninja avec ma bouteille de pipi ? Non.
Des amis m’ont suggéré, pas sérieusement, de la vider par la fenêtre. Non plus.
L’autre idée, était le stockage, même si je pouvais apporter cette denrée quelque part, ça me faisait plusieurs bouteilles d’1L voire un bidon, si mon apport était hebdomadaire. Ca commençait à devenir compliqué en terme de gestion et de place.
La fois où j’ai rempli une bouteille et que je me suis retrouvé à devoir la vider parce que je ne pouvais rien en faire. L’odeur de l’urine conservée plus de 24h était tellement horrible, que ça m’a vite passé l’envie de recommencer.
Je me suis renseigné si à Rouen, il y avait des structures de valorisation de l’urine humaine comme ce qui avait été créé à Châtillon avec une AMAP.
Pipi contre panier de légumes ? Pas par chez moi.
Conclusion : On va tirer un trait sur l’idée de stocker et donner son urine quelque part.
Si je ne peux pas conserver mon pipi pour le valoriser, je peux au moins essayer d’économiser une chasse d’eau avec un autre système.
L’urinal.
J’ai trouvé à Rouen, dans le centre commercial St Sever, plus précisément au Marché aux affaires : un urinal pour hommes. Un dispositif médical qui permet de faire pipi dans le contenant lorsqu’on est alité, par exemple. Il existe des modèles pour femmes mais il n’y en avait pas sur place.
Celui que j’ai acheté n’est pas très pratique pour les personnes qui n’ont pas de pénis. Ce n’est pas inutilisable, mais ça demande un peu de technique pour ne pas s’en mettre partout. Personnellement, je le coince presque collé contre mon entre-jambes, mais ça m’est déjà arrivé d’avoir une fuite si je manquais d’attention. Un ami m’a dit « mais tu sais où est ton urètre ! » même en sachant, c’est moins facile de viser qu’avec un tuyau !
Le format était intéressant et pratique pour continuer mes expérimentations.
L’autre avantage que je trouve à l’urinal, contrairement à quand je fais pipi aux toilettes, il n’y aucune gouttelettes de projections sur l’intérieur des cuisses. Cette alternative est beaucoup plus propre pour moi, si ce n’est que l’ouverture n’est pas du tout pensée pour les non-détenteurs de pénis.
Petit point rigolo et intéressant, l’urinal est gradué ce qui permet de savoir à peu près combien on fait pipi à chaque utilisation. Mon record doit être aux alentours de 700ml mais c’était après avoir dormi.
Le papier toilettes.
Certaines personnes dotées de pénis, n’ont pas besoin ou n’essuient pas après avoir fait pipi, mais ayant un vagin, c’est un peu une nécessité. Ca faisait un moment que je songeais à passer au papier toilettes lavable, alors je me suis cousu quelques bouts de tissus pour tester, en texture nid d’abeilles. C’est très doux et absorbant.
Avec étonnement, je me suis rendu compte qu’il n’y a pas tant d’humidité à essuyer. Comparé à quand j’étais au papier toilettes : je me sentais obligé de prendre et plier plusieurs feuilles pour pas que les doigts passent au travers.
Avec le système du tissu lavable, il n’y a aucun risque de le déchirer. J’ai pris comme gabarit une feuille de papier ultra épaisse qui doit faire environ 11cm x 8cm.
Avec toute honnêteté, je suis un peu cracra, parfois je ne le rince pas. Il y a tellement peu de pipi dessus que je le laisse sécher. Lorsque je considère qu’il est sale, je le rince avec un peu de savon que je frotte, et je le laisse sécher propre. J’ai un roulement de 2-3 tissus, et je le passe à la machine à laver lorsque je fais une lessive.
Selon la préférence des gens, je peux comprendre qu’on aime avoir un stock de plus de 10 tissus. Personnellement, j’ai cousu chaque tissu individuellement, et j’ai un peu la flemme d’en faire plus pour le moment. Tant que ça convient à mon utilisation, ça me va. On reste libre d’adapter la quantité.
L’odeur.
Dans ma salle de bain, j’ai un lavabo que j’utilise assez peu. Mis à part pour me brosser les dents, me laver les mains, et me rincer le visage. Je me suis rendu compte que l’urine que j’y versais, même en rinçant après avec de l’eau claire, devait stagner dans le siphon ou dans la tuyauterie. D’ailleurs on m’a fait remarquer que l’acidité du pipi pouvait abîmer les canalisations.
Résultat, comme je suis un peu sensible aux odeurs, je trouvais pas super agréable d’avoir une légère fragrance métro parisien dans ma salle de bain.
J’ai dû délocaliser mon pipi… dans ma cuisine. C’était le seul autre point où je pouvais vider le contenant, et l’évier est beaucoup plus souvent utilisé que mon lavabo, rien que pour faire la vaisselle. Mon hypothèse et ma théorie, c’est que le flux d’eau étant un peu plus élevé, l’eau du siphon devrait être renouvelée plus souvent pour qu’il n’y ait pas d’odeur désagréable.
Cette option n’est faisable que lorsque je suis seul, bien entendu. Quand je reçois du monde, je déplace tout ça provisoirement dans la salle de bain.
Maintenant que j’écris ces lignes et que je me relis, je me dis que je pourrais également soulever le cache de la bonde de ma douche… tout est sujet à amélioration ! Ca sera moins cavalier que de pisser dans ma cuisine.
Le système de rinçage.
J’achète très peu de boissons dans le commerce, mais le peu de fois où des invités sont passés, j’ai rincé et gardé les bouteilles en plastique. Résultat, j’ai quelques bouteilles qui me servent à stocker de l’eau usée lorsque je lave mes légumes, salade, radis, etc. Cette même eau me permet également d’arroser mes plantes.
J’ai une bassine dans ma douche, qui me permet de récupérer l’eau froide avant qu’elle devienne assez chaude pour me laver. Toute cette eau est conservée, soit dans la bassine en attendant que les bouteilles se vident. Soit, dans les bouteilles.
J’ai une bouteille à côté de l’évier qui fait environ 1,5L de contenance, c’est ce qui me sert de chasse d’eau. En versant un fond d’eau dans l’urinal après chaque pipi, je la vide en environ 2-3 jours. En terme de quantité d’eau, ça équivaut à un petit verre d’eau, c’est à dire : presque rien.
La grosse commission.
Je continue d’utiliser les toilettes et du papier toilettes jetable. Ma bonne volonté a ses limites.
Depuis quelques temps, j’ai testé et adopté le papier toilettes une feuille qui est beaucoup plus épais et qui me permet de faire des économies sur la quantité utilisée. C’est un petit budget mais puisque je l’utilise que pour faire caca, les rouleaux descendent très lentement, au rythme de mon transit et des invités que je reçois, car je ne leur impose pas mes lubies écologiques.
Ce n’est pas grand chose, mais c’est très appréciable de ne pas avoir à racheter du papier toilettes souvent. Par exemple, mon stock actuel date d’avril, et il doit me rester encore 2-3 rouleaux neufs. On se satisfait de petites victoires.
En résumé, voilà le compte rendu cru de mon expérimentation sur le terrain.
Je pense qu’en terme de consommation d’eau, même si on part du principe que je rince mon tissu toilettes à chaque fois, c’est assez minime par rapport à une chasse d’eau, même la petite. L’eau de rinçage est forcément de l’eau recyclée.
Je fais des économies de papier toilettes, et je peux savoir de combien j’ai vidé ma vessie en ml à chaque passage. Ca, c’est vraiment le petit plaisir scientifique.
Je pense que c’est une alternative intéressante et peu contraignante comparé à installer des toilettes sèches, gérer la quantité de sciure de bois en stock, et l’espace que ça nécessite.
Je sais que ça ne sauvera pas la planète, comme l’écrivait Ploum, ce n’est pas à notre petite échelle individuelle qu’on arrivera à lutter contre les grandes entreprises qui polluent et gaspillent les ressources. Proportionnellement, on est rien, c’est même déprimant comme constat. Cependant, si je peux changer même un peu, nos habitudes en les requestionnant, en partageant des manières différentes de faire ou tout simplement des alternatives plus cohérentes avec notre époque. Ce sera toujours mieux que rien. Je ne peux pas rester les bras croisés à attendre que tout s’effondre.
Je sais à quel point c’est rassurant et reposant de ne pas se poser de questions et juste reproduire ce que les générations précédentes ont toujours fait, surtout sur les avancées du quotidien comme les toilettes.
Sauf que, je suis éco-anxieux. Je m’inquiète, certainement trop et inutilement, de mon empreinte écologique.
Encore plus avec la période qu’on a connu cet été avec la canicule, me laisse penser que le futur sera potentiellement plus rude avec des restrictions d’eau à cause de la sécheresse. Dans ce contexte là, est-ce que ce n’est pas maintenant qu’il faut réfléchir à ce qu’on peut faire, au sein d’un foyer, pour économiser chaque litre d’eau ? J’aimerais pouvoir continuer à arroser mes plantes sans culpabiliser de vider des réserves propres à la consommation.
Je ne veux pas contribuer à la pollution et la surconsommation absurde de nos ressources. C’est un ressenti et une recherche personnelle de solution plus juste et cohérente, qui ne permet que de calmer mes propres angoisses.
Cet article n’a pas vocation à changer ou convaincre de rejoindre ma méthode, mais elle ouvre simplement la réflexion à ce qui peut exister comme autre manière de faire.
Est-ce que ça se répercute beaucoup en terme d’économies sur la facture d’eau ? Aucune idée. Aujourd’hui, j’ai l’impression que personne ne s’en préoccupe car le coût est dérisoire comparé au confort qui en découle.
Je suis conscient que mon alternative n’est pas parfaite, mais elle me soulage, moi, au quotidien. Ca me tourmentait de tirer une chasse d’eau pour un tout petit pipi. Je me raccroche à chaque petit geste.
Si vous avez aussi des alternatives à partager, je lirais avec plaisir les commentaires.
J’aime découvrir et apprendre qu’on peut toujours trouver mieux, s’adapter à nos contraintes et qu’il existe des solutions pour chaque situation !