La parentalité – Mon retour d’expérience

Certains le savent déjà, d’autres l’ignorent peut-être, quoi qu’il en soit.
Je suis parent depuis bientôt 5 ans.
J’en ai très peu parlé sur les réseaux sociaux, que ce soit lorsque j’étais enceinte ou après ma ponte.
C’était très compliqué émotionnellement, ça l’est encore actuellement et je souhaitais partager mon vécu sur ce sujet qui a l’air tabou, même si ça l’est de moins en moins.
Pour ceux qui se reconnaissent dans mon cas ou pour ceux qui veulent tout simplement comprendre pourquoi fonder une famille ne rend pas forcément heureux.

Voici mon retour d’expérience sur la parentalité.

Après mûre réflexion de plusieurs années, et d’un commun accord.
Nous avions pris la décision à deux, d’avoir une progéniture.
Je n’ai jamais apprécié particulièrement les enfants mais nous partagions cette vision de souhaiter transmettre quelque chose, et on s’est lancé dans cette aventure en voyant où ça pourrait nous mener, mais surtout avec beaucoup d’espoir.

Lorsqu’on me parlait de la vision de l’éducation et de la manière de l’appliquer, ou bien de l’émerveillement et l’amour inconditionnel qu’un parent a à revendre pour son propre enfant. Cette phrase revenait très souvent :
« Quand tu auras un enfant, tu verras, tu changeras d’avis.« 

Je n’ai pas spécialement apprécié ou détesté être enceinte.
C’était un état comme un autre, mis à part quelques restrictions alimentaires et le fait de ne plus pouvoir se baisser pour mettre ses chaussures à la fin de la grossesse. Je n’ai pas été particulièrement joyeux ni malheureux de porter la vie en moi. C’était une expérience très enrichissante humainement, mais cela n’avait pas ouvert mes chakras sur la beauté de la vie.

Puis, je me suis retrouvé avec cet être vivant dans mes bras, je n’ai pas été ému comme on voit dans les films.
C’était étrange, c’était nouveau.
Tout ce que je voyais, moi, c’était cette nouvelle responsabilité que j’allais devoir porter sur mes épaules.
La conséquence de notre décision était à présent, palpable.
J’étais peut-être émerveillé par la nature humaine, de me rendre compte que j’avais porté pendant plusieurs mois cette chose que je sentais bouger dans mon ventre, et que maintenant c’était finalement sorti.
« Merde, ça y est. Je suis passé de l’autre côté. Je suis parent.« 

J’ai souvent lu et entendu le terme « baby blues » pour parler de la dépression post-accouchement, et ça m’a toujours dérangé. J’ai cette impression qu’on réduit nos émotions à nos hormones. Peut-être que c’est scientifiquement prouvé mais j’entends dans ces mots une fatalité, et qu’on ne devait pas s’en inquiéter. Qu’on ne peut rien y faire à part attendre que ça passe.
Comme lorsqu’on accuse une femme d’avoir ses règles lorsqu’elle est de mauvaise humeur, on rejetait toute la faute sur ce « baby blues » que subissait de nombreuses personnes, sans pouvoir nous apporter de solution.
Moi, je voulais comprendre pourquoi j’étais dans un tel mental.

Pourquoi je n’étais – tout simplement – pas heureux ?

Nous sommes rentrés avec cette troisième personne avec qui on formait maintenant notre petite famille.
Aucun mode d’emploi sous la main, la peur de mal faire, avec toute la bonne volonté de s’en occuper correctement. Cette pression de devoir faire de notre mieux.
Le manque de sommeil lors des premiers mois qui nous rappelle à quel point les heures de sommeil sont précieuses.
Le stress lié à l’allaitement, entre les jugements des autres et la difficulté à réussir à allaiter. Sans parler de la culpabilité si jamais on décide de ne pas le faire, alors qu’il existe de nombreuses raisons qui ne sont simplement pas compatibles, sans parler de la fatigue.
Plus de marche arrière possible.
Il fallait assurer, il fallait organiser notre quotidien en prenant en compte que nous étions trois.
J’étais envahi de doutes et d’incertitudes.
Les mots maladroits des personnes de ma famille ou non, qui m’a fait sentir encore plus mal dans cette situation où j’étais constamment en train de douter à ma capacité à élever un enfant, de mon rôle en tant que parent.
J’ai compris à quel point j’étais seul, que nous étions livrés à nous-mêmes face à ces états de faiblesse.
Les réponses à nos questions de jeunes parents étaient floues. On pouvait lire une chose et son contraire, et nous nous sommes vite rendus compte que la meilleure réponse était la notre.
Chacun faisait de son mieux, et nous aussi.

Malgré tous les efforts que je pouvais mettre dans cette tâche, je ne me sentais pas fait pour ça.

De ma propre volonté, j’ai arrêté toute activité pour me consacrer à temps plein à cette expérience. Quitte à en avoir qu’un seul, autant vivre l’expérience à fond.
Je me suis consacré à l’enfant en m’oubliant, parce qu’il le fallait.
Jusqu’à ses un an, je m’en suis occupé, puis on a pu avoir un créneau en crèche d’entreprise qui m’a libéré une journée par semaine.
L’année suivante, nous sommes passés à trois jours par semaine pour l’habituer au contact d’autres enfants juste avant l’école maternelle.
J’ai pu respirer, réapprendre à penser à moi.

Je pensais qu’avec l’entrée en maternelle, tout allait s’enchaîner.
C’était le début du parcours scolaire.
L’enfant devient plus autonome, ça commence déjà à parler, à avoir son propre caractère, ses envies, ses caprices…

Je ne vais pas prétendre, ni mentir.
Je ne m’émerveille pas devant le comportement de mon enfant.
Par contre, certains comportements peuvent m’énerver.
Je suis très souvent énervé, par tout, la moindre petite chose qui va de travers.
Je suis trop sévère ? Je prends les choses trop à coeur ? Certainement.
Je suis têtu et je ne veux rien lâcher concernant mes valeurs de l’éducation.
J’essaye au quotidien d’inculquer ce que je peux.
Je pensais être calme, je pensais avoir assez de patience pour ça, et je me rends compte que ce n’est pas le cas.
Je l’avoue.
Je suis épuisé et je suis à bout de nerfs.
Je suis fatigué de devoir répéter, sans cesse, les même mots, les même règles.
À devoir hausser le ton pour qu’on m’écoute.
J’arrive à un point où j’ai joué toutes mes cartes, et sous la colère j’en viens à être violent.

Je comprends parfaitement les parents qui finissaient par abandonner et congeler leur progéniture.
Je comprends que cela puisse briser un couple, et j’y ai même songé en me disant que si nous devions nous partager la garde, au moins je pourrais avoir une semaine sur deux, tranquille, rien qu’à moi.
Ou alors, fuir mes responsabilités en tant que parent. Puisque je me trouvais inapte à élever un enfant, je pourrais laisser la garde complète sans problème.
Des arguments contre moi ? J’en avais plein.
Manque de pot, aucun de nous deux ne souhaite avoir sa garde.
Faire placer l’enfant ? Comment ne pas avoir de regret en prenant une décision si lourde ?

On nous demande souvent, si on peut pas faire appel à la famille pour avoir un week-end pour « souffler ».
Est-ce qu’il y a une règle qui fait que c’est « normal » de se débarasser de notre propre enfant pendant quelques jours, pour ne pas avoir envie de le buter ?
Pour répondre à cela, c’était une solution difficilement accessible pour nous.
Nous savions d’avance que nous ne pourrions pas ou peu compter sur le support de la famille.
De mon côté, c’était certain qu’il fallait mieux oublier.
De l’autre côté, la distance n’aidait pas, et surtout, nous ne voulions pas imposer notre rejeton aux grands-parents qui n’osent pas dire non, et qui en font toujours trop, quitte à mettre leur propre santé au second plan.
Autre problème : lorsqu’on pouvait laisser notre enfant à garder, nous étions pas du tout pressés de le récupérer. Cela nous manquait pas du tout, et les seules fois où on a pu le faire garder, nous avions vécu notre meilleure vie.
À ce demander : pourquoi nous être infligés ça ?

Plus le temps passait, et plus on se rassurait en nous disant que ça irait mieux. Ca ne pouvait qu’aller que mieux.
Nous n’avions jamais trouvé les bébés mignons, et que ce soit notre propre bébé nous n’a pas ouvert les yeux sur la beauté du monde.
Plus ça grandirait, et plus on apprécierait les intéractions possibles.
Plus le temps passait, plus on se rassurait que ça ne pouvait que mieux se passer. Que cela allait s’arranger.
Nous nous raccrochions à cet espoir.
Telle la lumière au bout du tunnel.
On se raccroche encore à ce maigre espoir, aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces mots.

Certains conseillent d’en concevoir un second pour occuper le premier.
Cela relève déjà du miracle que je n’ai pas noyé celui-ci, que je sais d’avance qu’en avoir un second n’est pas la meilleure idée à appliquer.

C’est horrible à dire mais c’est la stricte vérité.
Depuis que nous sommes parents, nous ne voyons que les inconvénients.
C’est terrible de se rendre compte de ça.
C’est tellement déprimant de voir qu’autour de nous, les parents qui nous entourent n’ont pas ce genre de réflexion. Que malgré les difficultés, ils ne regrettent pas et ils arrivent à se réjouir des petites choses de la vie de famille.
Je ne peux culpabiliser lorsque je vois les parents autour de moi avoir plusieurs enfants, s’en sortir et continuer à sourire alors que je suis en train de m’effondrer intérieurement avec qu’un seul mioche.

Malgré tous les mauvais côtés de la parentalité, nous prenons notre rôle de parent très à coeur. Nous faisons notre maximum pour penser au bien-être et s’occuper correctement de notre enfant.
Cela n’enlève pas cette part de culpabilité que je ressens quotidiennement, cette petite voix qui me répète :
« Je ne suis pas fait pour être parent. »
C’est dur de voir combien je consacre de temps et combien je donne de moi-même pour faire de mon mieux, et de n’en voir aucun fruit sur le court terme.
« Est-ce que tous mes efforts ne sont pas voués à être vains ?« 
« À quoi bon ?« 

Heureusement, j’ai eu la chance d’être entouré par des personnes qui m’ont apporté énormément de soutien à certains moments, qui m’ont aidé à remonter la pente, même pour un court instant.
Cependant, parfois on doit gérer sa propre merde, et chacun à ses propres soucis à régler.

Voilà.
J’ai souhaité partagé mon point de vue sur la parentilité, tout d’abord comme témoignage.
Fonder une famille n’est pas forcément un projet qui vend du bonheur.
Si on pouvait arrêter d’harceler les couples qui ne veulent pas avoir d’enfant.
Procréer n’est pas une finalité et n’apporte pas forcément aux autres ce qu’on pense.

Merci de m’avoir lu.
J’espère que cela a apporté des réponses ou des explications sur mon silence radio à ce sujet.

Je pense qu’il est important de se protéger et que beaucoup n’osent pas parler de leur ressenti en tant que parent à cause des jugements.
Il est facile de critiquer, de dire « bah il fallait pas faire de gosse » sans penser à tout ce que cela implique.
Personnellement, je me suis longtemps protégé de tous types de commentaires, même ceux plein de bonnes volontés qui ont pour but d’aider.
La raison est que je culpabilise déjà énormément de mes propres pensées négatives, je n’ai pas besoin qu’on m’enfonce encore plus dans ma merde.
Des mots maladroits ont parfois beaucoup plus d’impact qu’on ne le croit.
Aujourd’hui, je crois avoir assez de recul ou peut-être suis-je déjà assez au fond du trou pour ne pas pouvoir toucher plus bas.

Pour aller plus loin, je vous redirige vers le livre Mal de mères qui traite du sujet qu’est le regret d’être mère, mais également une vidéo courte de Brut du témoignage d’une mère qui en parle.