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Porter l’enfant d’un ami

Posted on 5 Août 20265 Août 2026 by Lau

En 2023, j’ai eu le projet un peu fou de donner un enfant à un ami, et je vais vous raconter un peu cette histoire, le cheminement ainsi que le parcours.

Remettons un peu de contexte.
En 2016, je suis devenu parent. J’avais été alité sur les 3 derniers mois de ma grossesse, c’était une simple mesure de précaution, rien de grave. L’accouchement ne m’avait pas laissé un souvenir catastrophique. Tout s’était globalement bien passé, mais la partie la plus difficile pour moi était toute la responsabilité et la charge parentale qui est un poids terriblement lourd psychologiquement pour moi.
Les années passent, après une relation de plus de 12 ans avec le père de mon premier enfant, la vie fait que nous décidons de nous séparer.
Nous quittons la région parisienne ensemble, et nous décidons de nous installer en Normandie.

En 2022, au détour d’une belle rencontre, je tombe amoureux. Il a un projet sérieux d’être père, sauf que je n’ai aucun projet d’avoir un autre enfant.
On s’est fréquenté pendant un peu plus d’un an, on avait tous les deux besoin de positif et de réconfort dans nos vies respectives. C’était très agréable de pouvoir s’apporter mutuellement cette bouffée d’air dans le tumulte de notre quotidien, tout en sachant qu’il n’y avait pas une injonction à s’engager sur le long terme. On se voyait une à deux fois par mois, selon ce que notre emploi du temps nous permettait de faire.
Malgré toute la passion et l’amour que j’éprouvais pour cette personne, je savais que la relation allait être compliquée sur le long terme. Nous n’habitions pas dans la même ville, et j’avais déjà une vie avec mon premier enfant qui ne me permettait pas de me rapprocher géographiquement.
Dès le départ, avant même d’avoir une dynamique amoureuse, je lui ai fait une proposition folle : celle de porter son enfant, sous la seule condition pour lui d’accepter être père solo à 100%.

Je sortais d’une rupture, un chapitre se clôturait et je n’avais aucune visibilité pour la suite de ma vie, voire même aucun objectif d’avenir tout court. Je m’étais dit que, si jamais, tout devait se terminer pour moi dans quelques années, j’avais la possibilité de laisser quelque chose qui rendrait un homme heureux.
J’étais dans une période de ma vie très incertaine et concrètement, je ne faisais rien de mon utérus pour les prochaines années à venir. Que représentent 9 mois dans une vie, au final ?
C’est pour ça que très naturellement, je lui ai offert cette alternative.

Si je pouvais avoir des doutes sur la durée de notre histoire d’amour, une chose était certaine : ce potentiel enfant serait choyé dans une famille paternelle aimante. Cette simple perspective me mettait du baume au cœur. C’est pour cette raison que même dans l’hypothèse qu’on reste de bons amis, je laissais ma proposition sur la table.

Dans mon entourage, deux amies —qui ne se connaissent pas— ont décidé d’être mères solo.
Je ressentais une forme d’injustice et d’inégalité pour les hommes seuls qui souhaitent devenir père. Il faut reconnaître qu’il est biologiquement et techniquement plus simple pour une femme seule de réaliser un projet d’avoir un enfant.

Dans mon cas, ce n’est pas une information fraîche que je ne tire aucun bonheur d’être parent. Pourtant, j’ai un utérus fertile disponible, alors qu’il y a des personnes qui se battent dans des parcours pour avoir un enfant.

La question s’est posée mais j’ai décidé de ne pas souhaiter subir une Procréation Médicalement Assistée, et après environ un an de relation à nous voir une à deux fois par mois, des aller-retours entre Rouen et Paris, avec des menstruations irrégulières et des périodes de fertilité imprévisibles. c’est de manière très naturelle que je suis tombé enceinte courant 2024.

Comment faire pour que légalement, le père soit considéré comme le seul parent ?
J’avais plusieurs craintes, parce que j’envisage souvent le pire scénario.
Si jamais il arrive un malheur à mon ami durant ma grossesse, que faire de l’enfant à naître ? Hors de question d’avorter en sachant que le bébé était attendu par toute la famille du futur papa.
Le flou administratif et légal m’angoissait terriblement. La solution la plus sure était que j’accouche sous X, ou dit « dans le secret ».

Le père a fait une reconnaissance anticipée, qui apparemment ne sert pas à grand chose, mais qui a le mérite d’être une preuve de son implication et sa volonté d’assumer sa future responsabilité.

Il y a très peu de cas d’accouchement sous X en France. D’après les statistiques, on est aux alentours de 600 cas par an, et ce chiffre est en décroissance chaque année. Je souligne qu’on a une chance inouïe d’avoir ce dispositif qui protège les femmes.
Dans ce genre de situation, il est d’autant plus rare que le père souhaite ou puisse reconnaître l’enfant.
Pour écarter les suspicions de Gestation Pour Autrui (GPA) cachée —acte illégal en France— j’ai dû suivre toute une procédure autour de ma démarche et mon souhait d’accoucher dans le secret.

Le corps médical a été extrêmement bienveillant et compréhensif, que ce soit l’infirmière qui a enregistré mon dossier à la maternité, la gynécologue qui m’a suivi tout au long de ma grossesse, ou la psychologue qui est restée à l’écoute et avenante au sujet de ma santé mentale pré et post accouchement. Un énorme merci à toutes ces personnes qui m’ont accompagné durant ces quelques mois.

Il y avait un entretien obligatoire avec les assistantes sociales de la maternité.
J’ai beau me convaincre qu’elles étaient de très bonne volonté, et qu’elles faisaient au mieux leur travail, je reste encore choqué par la manière dont elles m’ont pris en charge.
Elles étaient deux à écouter mon histoire. Je comprends qu’elles ait pu avoir des inquiétudes sur ma relation avec le père, qu’elles se soient assurées que je ne sois pas sous emprise ou forcé, mais elles ont été inutilement intrusives. Elles n’ont été d’aucune aide voire malhonnêtes parce qu’elles m’ont induit en erreur en me fournissant de fausses informations. Leur manière de tourner leurs questions et leurs réponses était soit très maladroite, soit complètement mal approprié.
Par exemple : elles ont insisté pour que je m’exprime sur mes souhaits dans le but de les respecter au mieux, pour au final balayer toutes mes volontés et m’expliquer qu’il était évident que ce ne serait pas possible.
Toutes mes questions sur le déroulement d’un accouchement dans le secret, sur la procédure administrative, sur ce que je pouvais préparer en amont avant l’arrivée du bébé… n’ont trouvé aucune réponse satisfaisante de leur part.
Des mots culpabilisants ont été utilisés pour m’orienter dans leur sens et selon leur jugement moral.

Après cet entretien désagréable, il m’a tout de même semblé cohérent qu’elles rencontrent le futur papa pour le renseigner sur son rôle. J’avais l’espoir qu’il ait plus de chance que moi.
Malheureusement, elles ont été condescendante avec lui : il ne s’est pas senti écouté, et elles n’ont pas voulu répondre à ses questions sous prétexte qu’elles ne voulaient s’entretenir qu’avec moi. Une perte de temps qui a aboutit sur beaucoup de colère.

Le contact avec les assistantes sociales était tellement catastrophique qu’on a dû faire appel à une avocate spécialisée.
On nous a conseillé Caroline Mecary pour nous accompagner. Merci à elle pour son professionnalisme, son efficacité et son humanité.
Elle nous a tout de suite signalé qu’il ne fallait absolument pas suivre les instructions des assistantes sociales au sujet du procès-verbal à signer pour confier l’enfant aux services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).
Ce papier aurait attesté que je consens à l’adoption de l’enfant, ce qui aurait mis des bâtons dans les roues au père, qui souhaite le reconnaître.
Difficile de dire si c’est de la maladresse, une réelle intention de nuire, ou de l’incompétence des assistantes sociales.
L’avocate a envoyé un courrier d’avertissement à la direction de l’hôpital pour remettre les choses au clair.

Le cas d’un accouchement dans le secret est tellement peu courant que personne ne connaît exactement la procédure exacte. Même pour les personnes travaillant dans le milieu hospitalier. C’est aussi pour cette raison que je tenais à relater ma propre expérience.

En attendant le jour J, je m’étais renseigné sur mes droits.
Il était important que je sache qu’après l’accouchement, j’avais 3 mois de réflexion si je souhaitais revenir sur ma décision.
J’ai pris le temps et le soin de rédiger une lettre manuscrite adressée au futur enfant dans laquelle j’explique le contexte et toute l’histoire autour de sa naissance.
Aujourd’hui, j’entretiens de très bonnes relations avec son père, mais dans 5, 10 ou 20 ans, je ne sais pas comment les choses évolueront. J’avais besoin d’écrire ma version des faits dans les termes les plus neutres possibles.
Il a fallu que je choisisse un nom d’emprunt à annoncer lorsque je me rendrais à la maternité pour accoucher.
Il est également nécessaire de donner une fausse date de naissance, proche de la vraie, pour estimer mon âge malgré l’anonymat.

Le jour fatidique arriva, avec 12 jours d’avance par rapport à la date du terme prévu.
Arrivé à la maternité, on a demandé ma carte d’identité pour pouvoir me prendre en charge. J’ai tout d’abord été réticent parce que je trouvais cela totalement incohérent avec la préservation de mon anonymat.
La gynécologue qui me suivait m’avait pourtant assuré que toute l’équipe avait été mise au courant de mon dossier, mais le soir de mon admission, la personne à l’accueil venait de rentrer de congés et n’avait pas été mise au parfum.
Il était donc nécessaire d’avoir ma réelle identité pour pouvoir faire le lien avec mon dossier médical et créer le dossier anonyme sous lequel j’allais accoucher.
Je remets une enveloppe dans laquelle je désigne ma personne de confiance si jamais il y a un problème pendant le travail.
Je dois avouer qu’à ce moment là, les contractions étaient assez douloureuses pour que je ne cherche pas à poser plus de questions.
On me fait patienter dans une pièce, avant de venir me demander un deuxième nom d’emprunt pour finaliser mon enregistrement.
Mon esprit est tellement focalisé sur la douleur que j’avais du mal à réfléchir, je n’en avais pas prévu, mon ami m’a soufflé un second nom.

Après la délivrance, une des deux assistantes sociales est passée pour rappeler le procès-verbal, et qu’une représentante du bureau du Droit et de l’Adoption allait venir s’entretenir avec moi.

L’enfant a été confié au service néo-natal durant la durée de mon hospitalisation. Tant que le père n’avait pas le papier prouvant son droit, le nouveau né ne pouvait pas être dans la chambre avec moi. Il était sous la responsabilité et la protection de l’hôpital.
J’avais le droit d’aller voir l’enfant autant que je le souhaitais. Comme j’avais tenu à l’allaiter les premiers mois pour lui fournir le meilleur des nutriments et des anticorps, je m’étais imposé de me lever toutes les 3 heures pour gravir les étages. Mon séjour à la maternité a été éreintant. Si on avait pu me donner plus d’informations sur cette partie avant l’accouchement, j’aurais organisé mon séjour tout autrement.

Le procès-verbal de remise d’un enfant en vertu de l’article L.224.4.1 du code de l’action sociale des familles, s’est déroulé 3 jours après l’accouchement. Une personne est venue dans ma chambre pour recueillir toutes les informations nécessaires. Je lui ai remis une lettre explicative pour l’enfant, qui fera partie de mon dossier.
Elle m’a expliqué tous mes droits, que je pouvais à tout moment envoyer des documents, des photos, des objets à y ajouter. Il y a eu beaucoup de bienveillance et de compréhension.
Elle m’a également remis la lettre de demande de restitution, si je changeais d’avis, j’avais 3 mois pour l’adresser au Bureau du Droit et de l’Adoption.

Le jour même, le père a pu reconnaître l’enfant à la mairie. Ce document allait nous permettre de quitter l’hôpital à 3. Nous avons pu rentrer le lendemain.

Je suis restée environ 2 mois pour aider mon ami à prendre ses marques, à allaiter l’enfant, à l’assister au quotidien en attendant qu’il puisse avoir un moyen de garde d’urgence.
Le congé parental a évolué pour les pères, il est plus long aujourd’hui, mais le système n’est pas adapté pour accueillir un bébé de moins de 3 mois.
Je ne pouvais pas prolonger mon séjour. J’avais quitté mon premier enfant et son père quelques mois avant le terme pour pouvoir finir ma grossesse dans la ville de mon ami.
Ma santé mentale était en train de s’écrouler et je ressentais le besoin de rentrer chez moi.

Avec le recul, j’avais totalement sur-estimé mes forces et sous-estimé la difficulté de cette seconde grossesse, et le contexte différent qui m’entourait. Malgré l’état psychologique catastrophique dans lequel je me suis retrouvé par la suite, je n’en regrette rien.
La famille de mon ami m’a adressé des messages touchants emplis d’amour.

Le fait que je sois la mère biologique n’est pas un secret, et je laisse au père toute la liberté de choisir comment il souhaite aborder le sujet avec son enfant.
S’il considère un jour qu’il est préférable qu’on coupe les ponts, pour le bien être de l’enfant et le sien, je respecterai sa décision sans discuter.
De mon côté, la porte ne sera jamais fermée.

Concernant la relation amoureuse, elle avait pris fin à peu près au moment de la bonne nouvelle, mais il est restée une réelle affection et une amitié sincère, encore aujourd’hui.
On continue d’échanger et de se voir de temps en temps. J’ai des nouvelles de son enfant, et le voir heureux et épanoui dans son rôle de père est ma plus belle récompense.

1 thought on “Porter l’enfant d’un ami”

  1. Elsental dit :
    5 Août 2026 à 17h48

    Je ne peux que plussoyer ce que tu désignes comme étant une « proposition folle ».
    Je trouve néanmoins qu’il y a quelque chose de beau et d’innocent dans cette histoire. Cela m’est presque surréaliste. Comme si cela sortait d’un conte, d’un monde où les rapports généraux entre individus sont différents (et davantage sains ?). En ça, j’ai une sorte d’affection pour ton témoignage.

    Je suis content d’avoir sagement attendu tous les tenants de cette histoire qui m’interrogeait beaucoup.

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